Rachèle RIVIÈRE

Evénements liés à l'artiste

Exposition de Rachel Rivière
Eloge funèbre de la mémoire
« J’ai la mémoire qui flanche », l’imagerie populaire a fixé dans nos mémoires ces mots chantés par Jeanne Moreau. Rachele Riviere a poussé plus loin la démarche en explorant les traces visibles et invisibles du souvenir, le flou des réminiscences qu’elle démêle, structure pour souligner la fragilité de la mémoire. Elle esthétise avec force et puissance l’empreinte de cette alchimie. La mémoire est le phare, le fanal de cette Bretonne et ce, depuis ses débuts de vie d’adulte.Ses multiples voyages nourrissent son esprit nomade, alimentent son travail photographique, sa soif de liberté et de curiosité insatiable, à l’image de l’anthropologue Franck Michel pour qui le voyage commence là ou s’arrêtent nos certitudes. Données concrétisées, desquelles surgissent un savant mélange de procédés photographiques sur céramique .« Je fossilise »,dit-elle encore. C’est dire si l’archéologie l’inspire. Ainsi, elle extirpe comme des témoins post-mortem, des CD revisités en céramique « un dispositif pour archivage certes, mais aussi une métaphore de la mémoire ». Elle dénonce au passage l’étiolement des identités culturelles et la mondialisation des goûts, à la manière d’un anthropologue qui recense un monde qui disparait.Cette urbaniste de l’âme s’intéresse également, selon les mêmes critères, à la construction identitaire. Ses alignements horizontaux ou verticaux d’habitats personnalisés avec adresses sont autant de réflexions, résultat d’un travail narratif, onirique . Autant d’échos pour l’artiste, imprégnée des lectures de Gaston Bachelard, Marcel Proust ou Georges Perec, pour ne citer qu’eux. Enfin, comme la grâce qui caractérisait le philosophe Gilles Deleuze faite d’effervescence et d’ouverture à tous les arts, Rachele Rivière, traductrice comme lui de l’impensé, tente, elle aussi, comme lui et avec succès la même démarche.
Geneviève Roussel, journaliste, texte réalisé en 2014, à propos de l’exposition Aux doigts et à l’oeil, Musée d’histoire et de céramiques Biot
