Pour tout décor une magnifique immense porte au fond de la scène
D’abord des bruits inquiétants derrière elle qui s’ouvre alors pour laisser entrer une silhouette simiesque.
« Cinq années me séparent de mon passé de singe », dit-il. « Mes souvenirs s’effacèrent de plus en plus et la grande porte que le ciel forme au dessus de la terre est devenue de plus en plus basse et de plus en plus étroite à mesure que mon évolution avançait… »
Capturé jadis, Rotpeter (Pierre le Rouge) s’est humanisé et tente de s’exprimer comme un humain malgré son corps toujours simiesque. Il souhaite expliquer sa situation devant les membres de l’Académie, et le texte est dit dans son intégralité.
« La première chose qu’on ma apprise a été la poignée de mains. C’est un geste de grande franchise. Puisse donc, en ce jour où je me trouve au sommet de ma carrière, avoir la franchise de la parole accompagner cette première poignée de mains ! »
Dans son jeu, Manuel Le Lièvre montre à merveille qu’il est toujours dans une impasse, dans cet entre-deux, entre un homme et un singe. Tantôt ricanants, tantôt inquiets, ses mots se mettent à sonner bizarre. Il voudrait parler dans la langue des singes, mais il ne la connaît plus et, d’ailleurs, l’auditoire ne la comprendrait pas.
À la fin, la porte s’ouvre et Rotpeter entre dans un cimetière juif : un hommage que Lavaudant a voulu rendre à Kafka. Divisée en carrés, cette porte est d’ailleurs décorée de 6 nouvelles de Kafka (Le Château, Le Procès, La Colonie pénitentiaire, …) mais à la distance du public impossible de les distinguer.
Sans être austère, ce texte n’en est pas moins très amer, même s’il y a des éléments de comédie dans cette histoire de singe savant. Cependant, étant dans l’univers de Kafka, il fallait bien montrer l’angoisse humaine devant l’absurdité de l’existence.
Caroline Boudet-Lefort
Pour assiter à la représentation de ce jeudi allez sur le site